La Légende Continue...
En 1950 Tezuka publie, entre autres travaux, le Roi Léo *1, l'une de ses oeuvres les plus populaires, qui est aujourd'hui encore l'emblème d'une célèbre équipe de base-ball et d'une grande compagnie ferroviaire. A l'âge de 24 ans il obtint son diplôme de médecin, qu'il validera définitivement 8 années plus tard en soutenant une thèse sur ²la membrane des spermatozoïdes atteints de malformations². Tezuka est alors au fait de sa gloire. Son manga Le Chevalier au Ruban (publié de 1953 à 1956), plus connu en France sous le nom de Princesse Sapphire, établit de manière définitive les règles du shojo manga (bande dessinée pour filles dont le chiffre d'affaire annuel excédait en 2000 trois milliards d'euros !). L'engouement suscité par Princesse Sapphire fut tel que les idées véhiculées dans ce récit ont été recopiées par tous les auteurs désireux de travailler dans le domaine du shojo manga. Délaissant, une fois n'est pas coutume, la mise en image cinématographique, Tezuka adopta dans cette bédé l'esthétique et le rythme du théâtre Takarazuka. Se faisant, son ambition était d'injecter l'action et la vitalité caractéristiques des mangas pour garçons dans une bande dessinée pour filles. C'est ainsi que les grands yeux, les personnages témoins, le personnage mannequin, le thème de l'histoire d'amour romanesque transposée dans un lieu exotique, l'ambiguïté sexuelle et physique concernant l'identité du héros/héroïne, s'imposèrent instantanément en stéréotypes incontournables. Même le "macro" phénomène des "idoles" (starlettes poussant la chansonnette pour faire vendre des voitures ou de la pâté pour chiens) trouva un point de départ dans Princesse Sapphire. Bien sûr, le génie et l'abnégation de Tezuka finirent par faire de lui une cible privilégiée pour les quolibets. Cette situation eut de positif que tous les jeunes artistes rivalisèrent d'inventivité pour "abattre" le maître qui, compétiteur né, ne s'en laissa pas compter. Cette saine émulation favorisa énormément le développement de l'industrie du manga. Le revers de la médaille fut que le rythme de travail acharné (il a déjà écrit plus de cent volumes) et les fortes sommes d'argents gagnées par Tezuka ne correspondant pas à son niveau de vie très modeste, il fut accusé de mener une vie licencieuse. Le gouvernement censura même plusieurs de ses mangas sous des prétextes fallacieux , car il craignait que le pouvoir médiatique de l'auteur ne se transforme en force politique. En effet, durant toute sa carrière, Tezuka s'amusa à célébrer la vie, l'antimilitarisme, l'écologie et la nature. Par contraste, le scientisme, l'économisme et les déterminismes de toutes eaux furent systématiquement plongés dans les abîmes de perplexité du maître. Evidemment, l'ascétisme de Tezuka n'était pas la conséquence d'actes honteux ou d'ambitions machiavéliques. En fait, il économisait d'énormes sommes d'argent pour être en mesure de réaliser une utopie : monter un studio indépendant d'animation afin de donner un écho animé à ses rêves d'encre et de papier. Aussi, dès 1958, et parallèlement à toutes ses autres activités, Tezuka travailla avec la Toeï sur différents projets, notamment comme scénariste. Finalement, un de ses mangas, Saiyuki fit l'objet d'une adaptation cinématographique. Ce conte inspiré par la légende du singe Sun Wukong sera diffusé aux USA dans une version tronquée (déjà !), l'année même de sa sortie au Japon (1960). D'autre part, cette collaboration avec la Toeï fut le lieu de nombreuses divergences d'opinion (artistiques notamment), qui confortèrent Tezuka dans son souhait de fonder son propre studio. Mushi Productions naquit en 1961. Au départ, le staff de Mushi Productions n'est composé que de six personnes, qui ont réalisé l'essentiel du premier film du studio, un court-métrage de 38 minutes nommé "Les Histoires du Coin de la Rue". Cette oeuvre au caractère social déjà bien trempé décrit de croustillantes tranches de la vie dans un Japon à l'aube de la période industrielle. Il est à noter que ce film, bien que racontant la vie de plusieurs individus, ne représente à aucun moment les personnages dont le narrateur évoque l'existence. Le succès fut immédiat, et Mushi Productions draina et forma alors un grand nombre de jeunes talents, parmi lesquels un certain Rintarô ( Metropolis )...
En 1950 Tezuka publie, entre autres travaux, le Roi Léo *1, l'une de ses oeuvres les plus populaires, qui est aujourd'hui encore l'emblème d'une célèbre équipe de base-ball et d'une grande compagnie ferroviaire. A l'âge de 24 ans il obtint son diplôme de médecin, qu'il validera définitivement 8 années plus tard en soutenant une thèse sur ²la membrane des spermatozoïdes atteints de malformations². Tezuka est alors au fait de sa gloire. Son manga Le Chevalier au Ruban (publié de 1953 à 1956), plus connu en France sous le nom de Princesse Sapphire, établit de manière définitive les règles du shojo manga (bande dessinée pour filles dont le chiffre d'affaire annuel excédait en 2000 trois milliards d'euros !). L'engouement suscité par Princesse Sapphire fut tel que les idées véhiculées dans ce récit ont été recopiées par tous les auteurs désireux de travailler dans le domaine du shojo manga. Délaissant, une fois n'est pas coutume, la mise en image cinématographique, Tezuka adopta dans cette bédé l'esthétique et le rythme du théâtre Takarazuka. Se faisant, son ambition était d'injecter l'action et la vitalité caractéristiques des mangas pour garçons dans une bande dessinée pour filles. C'est ainsi que les grands yeux, les personnages témoins, le personnage mannequin, le thème de l'histoire d'amour romanesque transposée dans un lieu exotique, l'ambiguïté sexuelle et physique concernant l'identité du héros/héroïne, s'imposèrent instantanément en stéréotypes incontournables. Même le "macro" phénomène des "idoles" (starlettes poussant la chansonnette pour faire vendre des voitures ou de la pâté pour chiens) trouva un point de départ dans Princesse Sapphire. Bien sûr, le génie et l'abnégation de Tezuka finirent par faire de lui une cible privilégiée pour les quolibets. Cette situation eut de positif que tous les jeunes artistes rivalisèrent d'inventivité pour "abattre" le maître qui, compétiteur né, ne s'en laissa pas compter. Cette saine émulation favorisa énormément le développement de l'industrie du manga. Le revers de la médaille fut que le rythme de travail acharné (il a déjà écrit plus de cent volumes) et les fortes sommes d'argents gagnées par Tezuka ne correspondant pas à son niveau de vie très modeste, il fut accusé de mener une vie licencieuse. Le gouvernement censura même plusieurs de ses mangas sous des prétextes fallacieux , car il craignait que le pouvoir médiatique de l'auteur ne se transforme en force politique. En effet, durant toute sa carrière, Tezuka s'amusa à célébrer la vie, l'antimilitarisme, l'écologie et la nature. Par contraste, le scientisme, l'économisme et les déterminismes de toutes eaux furent systématiquement plongés dans les abîmes de perplexité du maître. Evidemment, l'ascétisme de Tezuka n'était pas la conséquence d'actes honteux ou d'ambitions machiavéliques. En fait, il économisait d'énormes sommes d'argent pour être en mesure de réaliser une utopie : monter un studio indépendant d'animation afin de donner un écho animé à ses rêves d'encre et de papier. Aussi, dès 1958, et parallèlement à toutes ses autres activités, Tezuka travailla avec la Toeï sur différents projets, notamment comme scénariste. Finalement, un de ses mangas, Saiyuki fit l'objet d'une adaptation cinématographique. Ce conte inspiré par la légende du singe Sun Wukong sera diffusé aux USA dans une version tronquée (déjà !), l'année même de sa sortie au Japon (1960). D'autre part, cette collaboration avec la Toeï fut le lieu de nombreuses divergences d'opinion (artistiques notamment), qui confortèrent Tezuka dans son souhait de fonder son propre studio. Mushi Productions naquit en 1961. Au départ, le staff de Mushi Productions n'est composé que de six personnes, qui ont réalisé l'essentiel du premier film du studio, un court-métrage de 38 minutes nommé "Les Histoires du Coin de la Rue". Cette oeuvre au caractère social déjà bien trempé décrit de croustillantes tranches de la vie dans un Japon à l'aube de la période industrielle. Il est à noter que ce film, bien que racontant la vie de plusieurs individus, ne représente à aucun moment les personnages dont le narrateur évoque l'existence. Le succès fut immédiat, et Mushi Productions draina et forma alors un grand nombre de jeunes talents, parmi lesquels un certain Rintarô ( Metropolis )...
