Premiers Pas Professionnels
En 1946 Tezuka a déjà dessiné plus de 3000 pages de bédés. Etudiant brillant, il continue pourtant d'esquisser des mangas en classe, au point de décrocher à 17 ans une place de rédacteur permanent pour le quotidien Shôkokumin Shimbun (le journal du jeune citoyen), où il publia sa première bande dessinée professionnelle, Le Journal de Ma. L'année suivante, toujours parallèlement à son travail d'ouvrier et à ses études de médecine, Tezuka est pris d'une véritable fièvre créatrice. Il tire alors parti des procédés cinématographiques dont il s'est abondamment nourri : composition audacieuse, mise en images en vignettes donnant au lecteur des perspectives inédites, découpage hérité du story-board, développement rapide du récit, théâtralité augmentant l'impact des instants tragiques et traitement de sujets adultes non édulcorés... Le résultat produit se nomme La Nouvelle Ile au Trésor. Le volume se vend en quelques mois et dans un pays détruit où la population peine à trouver l'argent nécessaire pour se nourrir, à plus de 400.000 exemplaires, soit dix fois plus que tout autre succès de librairie. Caractéristiques essentielles de la patte de Tezuka, le mélange des registres, le métissage des cultures et des mythologies du monde entier donnent ici naissance à un cocktail explosif. Tezuka est alors sollicité de toute part, il devient une publicité vivante pour les magazines pré-publiant des mangas, mais n'abandonne pas ses études de médecine et réalise un nouveau rêve en décrochant un poste de critique de cinéma (il écrira des articles sur le sujet jusqu'à la fin de sa vie). Bien que son style graphique soit vivement blâmé par les ²anciens², l'artiste dessine près de 100 pages de bédés par mois, et son triomphe ne se dément pas. Puisant à satiété dans sa très riche culture cinématographique, comme le prouve trois de ses premières oeuvres, Lost World, Metropolis et Le Monde à venir, Tezuka s'octroie logiquement dans l'histoire des mangas une place d'importance égale à celle de David Ward Griffith dans l'histoire du cinéma. Il introduit la notion de montage et de rythme dans la bédé japonaise ainsi qu'un certain nombre de techniques qu'Hollywood essaya de fixer dans les années 10 : adoption du gros plan, de l'angle de vue et du panoramique, changement libre de la distance de prise de vues entre deux vignettes... Tezuka utilise aussi ses personnages comme des acteurs. Avant de réaliser une bédé il ²cast² littéralement ses créatures, n'hésitant pas à faire réapparaître les mêmes têtes d'ouvrage en ouvrage dans des rôles complètement différents (processus qu'il nomma Star System, ou actor studio). Ces techniques finissent par être appréciées par tous les créateurs de sa génération, qui vont les adopter, changeant ainsi littéralement le visage des mangas japonais. A titre d'exemple isolé nous pouvons citer les fameux ²gros yeux², que Tezuka emprunta à Disney pour, comme lui, rendre ses personnages plus expressifs. Ainsi, un seul homme, pas encore âgé de 20 ans, a défini les standards de production et de qualité d'une industrie qui est aujourd'hui, et de loin, la plus importante du monde en terme de création d'images dessinées (8 milliards d'euros de chiffre d'affaire annuel pour plus de 2,5 milliards d'ouvrages imprimés par an).
En 1946 Tezuka a déjà dessiné plus de 3000 pages de bédés. Etudiant brillant, il continue pourtant d'esquisser des mangas en classe, au point de décrocher à 17 ans une place de rédacteur permanent pour le quotidien Shôkokumin Shimbun (le journal du jeune citoyen), où il publia sa première bande dessinée professionnelle, Le Journal de Ma. L'année suivante, toujours parallèlement à son travail d'ouvrier et à ses études de médecine, Tezuka est pris d'une véritable fièvre créatrice. Il tire alors parti des procédés cinématographiques dont il s'est abondamment nourri : composition audacieuse, mise en images en vignettes donnant au lecteur des perspectives inédites, découpage hérité du story-board, développement rapide du récit, théâtralité augmentant l'impact des instants tragiques et traitement de sujets adultes non édulcorés... Le résultat produit se nomme La Nouvelle Ile au Trésor. Le volume se vend en quelques mois et dans un pays détruit où la population peine à trouver l'argent nécessaire pour se nourrir, à plus de 400.000 exemplaires, soit dix fois plus que tout autre succès de librairie. Caractéristiques essentielles de la patte de Tezuka, le mélange des registres, le métissage des cultures et des mythologies du monde entier donnent ici naissance à un cocktail explosif. Tezuka est alors sollicité de toute part, il devient une publicité vivante pour les magazines pré-publiant des mangas, mais n'abandonne pas ses études de médecine et réalise un nouveau rêve en décrochant un poste de critique de cinéma (il écrira des articles sur le sujet jusqu'à la fin de sa vie). Bien que son style graphique soit vivement blâmé par les ²anciens², l'artiste dessine près de 100 pages de bédés par mois, et son triomphe ne se dément pas. Puisant à satiété dans sa très riche culture cinématographique, comme le prouve trois de ses premières oeuvres, Lost World, Metropolis et Le Monde à venir, Tezuka s'octroie logiquement dans l'histoire des mangas une place d'importance égale à celle de David Ward Griffith dans l'histoire du cinéma. Il introduit la notion de montage et de rythme dans la bédé japonaise ainsi qu'un certain nombre de techniques qu'Hollywood essaya de fixer dans les années 10 : adoption du gros plan, de l'angle de vue et du panoramique, changement libre de la distance de prise de vues entre deux vignettes... Tezuka utilise aussi ses personnages comme des acteurs. Avant de réaliser une bédé il ²cast² littéralement ses créatures, n'hésitant pas à faire réapparaître les mêmes têtes d'ouvrage en ouvrage dans des rôles complètement différents (processus qu'il nomma Star System, ou actor studio). Ces techniques finissent par être appréciées par tous les créateurs de sa génération, qui vont les adopter, changeant ainsi littéralement le visage des mangas japonais. A titre d'exemple isolé nous pouvons citer les fameux ²gros yeux², que Tezuka emprunta à Disney pour, comme lui, rendre ses personnages plus expressifs. Ainsi, un seul homme, pas encore âgé de 20 ans, a défini les standards de production et de qualité d'une industrie qui est aujourd'hui, et de loin, la plus importante du monde en terme de création d'images dessinées (8 milliards d'euros de chiffre d'affaire annuel pour plus de 2,5 milliards d'ouvrages imprimés par an).
